Depuis plus d’un an, maintenant, la loi Accoyer (Bernard Accoyer) a chamboulé _nous en avions vraiment tous besoin, thérapeutes et patients…_ le métier de la psychothérapie.
Voici l’article de loi en question :
Les psychothérapies sont des traitements médico-psychologiques des souffrances mentales. Comme toute thérapeutique, leur prescription et leur mise en œuvre ne peuvent relever que de professionnels qualifiés: médecins qualifiés en psychiatrie et psychologues cliniciens.
Les professionnels qui dispensent des psychothérapies depuis plus de 5 ans à la date de promulgation de la présente loi pourront poursuivre cette activité thérapeutique, après évaluation de leurs connaissances et pratiques par un jury composé d’universitaires et de professionnels dont la composition est fixée par décret en conseil d’état.
Quelques repères pour tenter d’expliquer le plus clairement possible les résultats de cette formidable duperie :
_ Tout médecin généraliste, par exemple, est autorisé à prétendre être psychothérapeute, car formé à l’université.
_ Moi-même, qui ai une formation en Gestalt-thérapie et suis, à l’origine, psychothérapeute, puisque la Gestalt-thérapie est une forme de psychothérapie, je ne suis pas autorisée à prétendre être psychothérapeute car… je n’ai pas de formation universitaire de psychothérapeute.
_ Ce qui est pour le moins « amusant », c’est qu’il est impossible d’être formé comme psychothérapeute à l’université car… l’université ne propose que des formations en psychologie et en psychopathologie.
_ Aujourd’hui, mon cas est le suivant, et c’est le cas de beaucoup d’entre nous, ex-psychothérapeutes:
* Je suis autorisée à pratiquer la psychothérapie,
* Je ne suis pas autorisée à me présenter comme psychothérapeute,
* Je dois me présenter comme « psychopraticienne ».
Il est déjà si compliqué de connaître les différences existantes entre les domaines de ce qu’on appelle le « champ psy », pour nos patients comme pour nous, que cette nouvelle nomination est une porte supplémentaire ouverte à ce que cette loi prétend vouloir combattre : le « charlatanisme ».
Entre : des psychothérapeutes ayant une formation longue leur enseignant théorie, clinique, pratique ET psychopathologie, adhérant à un code de déontologie spécifique, se référant à des critères rigoureux, étant eux-mêmes supervisés _c’est à dire soutenus par d’autres psychothérapeutes dans leur exercice professionnel_ tout au long de leur carrière, etc,
Et : des psychothérapeutes formés en psychologie et/ou en psychopathologie, mais pas en psychothérapie,
Il n’y a qu’une manière de trouver celui ou celle qui, pour un temps, vous soutiendra dans la traversée délicate de votre vie: chercher.
Et puis, au fond, pour « combattre le charlatanisme », il n’y a toujours eu que cette manière-là. Ce ne sont pas des lois répressives qui s’accumulent les unes aux autres qui empêcheront la tricherie, le vol, l’arnaque, la manipulation, etc. Et ce ne sont pas non-plus ces lois qui doivent nous interdire de choisir.
Alors j’ai choisi : je suis Gestalt-thérapeute.
Marie Drouart.